mercredi 1 février 2012

Gamla (Extrait 3) Shoshana Saskia Cohen Tanugi

Ce jour là, après avoir attendu tout le matin, son frère sur la terrasse, Yael rentra dans la maison, lavant, nettoyant tout, comme si la propreté aurait dû faire revenir plus vite, le voyageur. Elle avait envoyé ses deux jeunes soeurs, Dvorah et Yéhoudiah, au souk de la ville acheter les fruits et les légumes, dans l'espoir qu'elles ramèneraient dans leurs couffins de paille tressée les dernières rumeurs des marchands venus de Galilée. C'était le jour des poissonniers. Les pêcheurs du lac vendaient à l'étalage, les filets de leurs nuits en rapportant aux gens de Gamla les nouvelles de Tibériade et de Jérusalem.
Yael appris ainsi  l'arrivée de légions romaines en Galilée.Elle ne voulut pas s'en effrayer tant la frayeur pouvait contrarier la raison et la foi, car selon Yael, la raison était la foi. Elle avait foi en son Dieu, elle n'avait foi qu'en Lui, et s'Il jugeait bon de recevoir les légions Romaines au coeur de sa terre c'est qu'Il avait une raison puissante, qu'elle, Yael, ne pouvait qu'accepter. Aussi, décida t-elle de ne pas céder à la panique qui commençait à poindre dans le coeur des mères de Gamla. Mickal, la mère des huit fils du tisserand avait déjà sur le visage cette pâleur qui laisser transparaître la peur de son âme. Les réfugiés des villages autour du lac commençaient à s'installer dans Gamla. Mickal avait accueillie chez elle deux familles de Tibériade et les pleurs des enfants lui étourdissait la prière.
Elle disait en fixant les pierres des maisons: "il n'y a rien à craindre, rien à craindre, Ras've'shalom! Dieu est grand!" mais ses yeux pâles disaient :"où est Dieu, que fait-il? où est il?  j'ai peur que j'ai peur! pour mes fils à l'aide!" 
Yael, en la croisant sur la place du puits, entendait les yeux de Mickal qui assourdissaient sa voix. Mickal la salua de son sourire triste en la bénissant d'un "shalom ve brak'ha, tout va bien chez toi? ton frère est rentré?" 
- non non il devait descendre jusqu'à Beer sheva voir les puits des bergers et sur le retour, s'arrêter à Jericho pour saluer le fils du rabbin..."
Ces mensonges rassurèrent un instant Mickal.
-et tu n'as pas peur des romains? 
C'était "Nora terrible" on surnommait ainsi la fille du presseur d'huile.
Elle avait cultivé la révolte comme on cultive les figues de barbarie sur les cactus: on ne s'en occupe pas, elles poussent seules, donnant leurs sucres au milieu des piquants.
Elle fixait de ses yeux verts, les deux femmes. Yael aimait beaucoup Nora. Elle l'aimait et depuis si longtemps, l'enfance. Elles avaient le même âge, toutes les deux avaient étudiées ensemble en secret quand elles n'avaient pas dix ans. 
"Nora" entrait le soir en cachette dans la synagogue de Gamla et écoutait les discussions des anciens. Elle passait par la fenêtre arrière et se cachait au milieux des sepher torah dans l'armoire avant que les maîtres ne pénètrent dans la salle d'étude. Jamais Yael n'aurait osé. Elle attendait patiemment Nora, dehors, près du puits, l'autre arrivait alors au milieu de la nuit en sautillant d'un air content , après avoir attendue  que le dernier des maîtres sorte de la salle de prière, et Yael lui demandait:"alors? qu'est ce qu'ils ont dit? de quoi ont ils parlé? "
"- du compte des jours et de la nouvelle lune..."
et Nora expliquait longuement à Yael comment on reconnaît une nouvelle lune, le sens des jours et le rythme des mois, le cycle de la terre et le mouvement des étoiles, toutes les paroles des rabbins s'étaient déposées en colliers de perles rares autour du cou fin de Nora...."Peut être" se disait Yael en contemplant le visage lumineux de son amie, "peut-être bien que cette belle lumière est née des paroles entendues les veilles quand elle se cachait entre les sepher torah."
Nora déconcertait fort à Gamla.
. Un jour de shabbat, il y a très longtemps, un jour où un rabbin et trois savants venus de Jérusalem étaient les hôtes à la table de son père, Yael avait invitée  Nora à venir partager le kidoush. Nora petite fille, avait fait face au rabbin et lui avait demandé de sa voix d'enfant: "savez vous pourquoi Israel se nomme Israel?"
-"évidemment" avait répondu aimablement le rabbin. "Mais je suppose, ma fille, que si tu me poses cette question, c'est que tu as une réponse que je ne connais pas encore et que tu brûles de me l'apprendre."
 
 

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