mercredi 1 février 2012

GAMLA ( Extrait 4) Shoshana Saskia Cohen Tanugi

Et de son oeil vif, et de sa voix impétueuse, elle avait commencé: "Israel commence par la plus petite lettre de l'alphabet: Yod, première lettre d'Ysaac et de Yaacov, Chin, la seconde lettre est la première de Sarah, Rech, la troisième, appelle  Rivka et Rahel, aleph la quatrième! et c'est le nom d'Abraham qui apparaît, et par lamed c'est Léa qui se réveille ...Ainsi Israel, formé de la première lettre d'Ysaac-Yaacov-Sarah-Rivka Rahel-Abraham-Léa, est un, ils sont sept...Même si le corps seul de Yaacov s'est battu cette nuit là contre l'ange d'Esav, se sont les âmes de ces sept là qui ont  mené le combat, aussi l'ange a perdu. Il a luxé la hanche de Yaacov mais il a reconnu les 7 combattants nommant non plus "Yaacov", mais "Israel".

Le rabbin plissa ses yeux intelligents, fixa la petite fille qui lui faisait face.
L'enfant continua doucement, comme si elle n'était pas bien sûr de ce qu'elle avançait, comme si elle avait peur qu'on ne la gronde, dans un souffle à peine audible, elle murmura: "...et si un seul d'entre nous est exclus des sept, nous perdons la guerre...C'est pour ça que Rome est venu. Rome s'est Esav, et nous, nous sommes les sept combattants dans la nuit."
il lui demanda: "qui t'a appris cela? où l'as-tu entendu?"
-  La nuit je me cache dans l'armoire des sepher Torah pour écouter l'étude, mais une nuit j'ai oublié de sortir, je me suis endormie, la tête contre le gros sepher du fils de Yaacov le shomer, et j'ai rêvé...et dans mon rêve je me suis rendue compte que je voyais le combat d'Israel.
j'ai vu Lea Rivka et Sarah, j'ai vu leurs noms.
et j'ai eu peur et j'ai eu chaud et je me suis réveillée et j'ai compris qu'y était Israel et qui j'étais..."
- "et qui es-tu?"
demanda le rabbin
- "et bien tout le monde le sait! "répondit la petite fille étonnée, "Nora la fille du presseur d'huile. "

Le rabbin hocha la tête. il avait l'air grave, il se baissa vers l'enfant et gentiment lui recommanda:
- Mon petit, tu ne dois plus aller te cacher au milieu des sepher torah, tu entends? tu es une toute petite fille et surtout ne reviens plus te cacher pour écouter les discussions dans la salle d'étude. Ce n'est pas ta place...C'est très mal et très ennuyeux que tu te sois caché là-bas, mais tu as bien fait de me le dire, je dois maintenant vérifier chaque sepher afin de savoir s'ils sont devenus passoul. Tu ne recommenceras plus n'est ce pas?"
La petite Nora s'était mise à pleurer. Un sanglot à fendre l'âme. Elle avait l'impression d'avoir fait une action merveilleuse et un rêve splendide et voilà qu'on lui apprenait qu'elle avait commis une transgression. Elle s'enfuit de la maison en pleurant.
Le rabbin resta perplexe, il s'était redressé.
- Ne grondez pas cette enfant, mais vérifiez l'aaron ha kodesh...les fautifs...c'est nous.

Dès l'instant où elle avait appris à marcher, Nora s'avançait dans les zones dangereuses, elle grimpait sur les margelles des puits, se suspendait aux branches, sautaient de toits en toits rentrait par les fenêtres, puis quand Gamla lui était devenu un terrain de jeu trop familier, elle était partie risquer ses jambes frêles près des chutes d'eau du haut plateau. Elle avait découvert des endroits secrets, elle aimait particulièrement ces cercles de pierres sèches autour d'un monticule de pierre en forme de maison au toit arrondi, personne ne connaissait cet endroit, c'était son refuge, elle traversait presque en courant les champs d'oliviers, arrivait au bois d'eucalyptus, sautait les torrents du printemps qui dessinaient des trous d'eau dans le vert des hautes herbes, évitait les pâturages où les grands troupeaux passaient paisibles, contournait le bois des gazelles et enfin arrivait au pierres encerclées de cercles, elle ne l'approchait qu'en marchant doucement. Elle avait peur et cette peur ne l'affaiblissait pas mais lui faisait franchir tous les barrages.   

Un jour, elle y avait découvert un bébé chacal qui affamé, attendait sa mère. Elle n'avait pas osé le toucher mais s'était accroupie devant le petit animal tremblant et s'était mise à pleurer. Le petit chacal avait uni sa plainte à celle de l'enfant et les deux, au milieu des pierres pleuraient vers le ciel, un douleur partagée qu'ils ne comprenaient ni l'un ni l'autre, qui transperçait d'un trait le temps. Cette douleur et ce cri s'entend encore, deux mille ans après, en cet endroit de pierres mortes.




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